Eloge funèbre  كلمة التأبين

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République Arabe Syrienne

Haute Cour Constitutionnelle

 

Au nom de Dieu, Clément, Miséricordieux

 

Il m’est douloureux que nous soyons réunis aujourd’hui pour les obsèques d’une grande figure de la Magistrature, ayant occupé plusieurs fonctions jusqu’à celle de Procureur Général près la Cour de Cassation. Dans toutes ses fonctions, le défunt fut un exemple à suivre en terme de savoir, de compétences et de d’honnêteté. Il a également occupé des hautes fonctions dans l’Administration : Secrétaire général de la présidence du Conseil des ministres et Secrétaire général de la présidence de la République.

 

Messieurs,

Il y a quarante ans, je venais d’obtenir mon diplôme de la faculté de Droit, je me préparais à intégrer la Magistrature, et j’entendais parler déjà de certains grands noms dans cette discipline. Maître Hanna Malek en était un.

 

En 1953, j’ai été nommé juge sur proposition d’une commission ad hoc créée au Ministère de la Justice. M. Hanna Malek en faisait partie. Lui et ses pairs m’ont accordé l’honneur d’intégrer la Magistrature.

 

Au début de ma carrière, j’ai exercé dans plusieurs instances judiciaires pénales. J’ai eu alors l’opportunité de lire avec intérêt les réquisitions éminentes qu’il faisait devant la Cour de Cassation lorsqu’il fut Procureur général près cette Cour. J’avais alors une grande admiration et un profond respect pour sa personne. J’ai pu apprécier toute la profondeur et la pertinence de ses synthèses. Il fut une véritable école.

 

M. Hanna Malek fut l’un de ceux dont la Justice et la Magistrature en Syrie sont très fières.

 

Ce fut un homme qui a forgé lui-même son destin et sa personnalité. Il a  franchi les obstacles et a triomphé des difficultés. Pour y parvenir, il n’a pas ménagé ses efforts. Je l’admirais. Ce fut réellement un juriste éminent. J’ai eu l’honneur, ainsi que d’autres, d’appartenir à son école.

 

Sa conduite était dictée par le sens de l’honneur et la droiture. Il a su honorer les fonctions qu’il a  occupées, écartant tout ce qui pouvait porter atteinte à l’honneur et au respect de ces fonctions. Il a assumé, de la façon la plus parfaite qui soit, le rôle de porte-drapeau  de la Justice.

 

Il défendait tout ce qu’il croyait être juste. Il a pu ainsi garder la tête haute tout au long de sa carrière, dans la Magistrature, dans l’Administration, et dans le métier d’avocat qu’il a exercé une fois à la retraite.

 

En dépit des nombreuses tâches et difficultés, il a pu pratiquer l’écriture lorsque le temps lui permettait de le faire. J’ai pris connaissance de ses conférences à l’Académie de Police, de ses ouvrages « Statuts personnels des non musulmans » et dernièrement « L’Etat, le Nationalisme arabe, la Religion et l’Union ». J’y ai trouvé une analyse profonde et pertinente. Il a placé le nationalisme arabe avant toute autre considération.

Il était convaincu que toutes les religions révélées enseignaient l’égalité entre les Hommes au sein des sociétés, sans  aucune distinction. Ce qui comptait pour lui, comme il me l’avait confié lors de nos multiples rencontres, c’était de donner sans compter…

Il était convaincu que les religions, bien que différentes les unes des autres par la forme et les détails, procédaient d’une même essence et avaient un objectif commun : la vérité humaine et sa protection contre les philosophies matérialistes.

 

C’est pour toutes ces raisons que j’ai aimé notre défunt, et étais influencé par sa pensée. Nous croyons que la religion relève de la relation directe entre chaque être humain et son Créateur, lequel nous a élus pour peupler cette planète.

 

Messieurs,

Telle fut la morale du défunt, et tel était son message tout au long de sa carrière dans la Magistrature puis dans l’Administration et comme avocat.

 

Nous avons perdu en lui un grand ami. Puisse Dieu avoir pitié de lui et le récompenser pour tout le bien qu’il a fait. Il laisse un grand vide chez tous ceux qui l’ont connu. Consolons-nous de pouvoir le rejoindre un jour. La mort est inéluctable. C’est la fin de tout être vivant. Ce n’est qu’une question de temps…

 

Toi qui es fatigué et épuisé par le poids des années. Le temps est venu pour toi de te reposer et de laisser aux autres le soin de poursuivre la mission. La flamme de la vie a bien quitté ton corps, mais une autre flamme l’a aussitôt remplacée : celle du souvenir flamboyant de toi, cette flamme qui va nous éclairer le chemin.

 

Permets-moi, à la fin, en mémoire de toi, de verser, venant du fond du cœur, une larme profonde et sincère.

 

A cette triste occasion, je voudrais présenter mes plus sincères condoléances à toute sa famille, à ses enfants et en particulier à mon Cher ami Abdallah (Albert).

 

A Damas, le 6.11.1991

Le président de la Haute Cour Constitutionnelle

Signé : Nasrat Mounla-Haïdar

(traduction :N. Malek)

 

 

 

 

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